Interpréter des matériaux empiriques
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Les interprétations du monde social proposées par les anthropologues sont censées reposer sur la discussion de matériaux empiriques, et ne pas relever d’idées préconçues sur le monde social. Il y a ainsi ce qu’on peut appeler des « contraintes empiriques » à l’interprétation anthropologique.
Ainsi, les interprétations anthropologiques doivent-elles présenter à la fois une cohérence logique, et un ancrage dans les matériaux empiriques à partir desquels ces interprétations sont produites. Les travaux anthropologiques s’efforcent de préserver « un double lien » :
- un lien entre les données obtenues et le « réel de référence » est assuré par le respect de procédures méthodologiques qui assurent une certaine validité aux données.
- un lien entre les données obtenues par l’enquête et les interprétations qui sont construites par l’anthropologue : l’interprétation en anthropologie, comme en sciences sociales en général, se distingue de « l’interprétation libre » du sens commun ou de la spéculation philosophique par son souci d’une référence à un corpus de données systématiques produites par l’enquête empirique.
Les travaux en anthropologie sont donc tenus de respecter à la fois une rigueur logique, une rigueur méthodologique, et enfin une rigueur interprétative. C’est en comparaison de cette triple rigueur qu’est évaluée et que leur est reconnue une plus ou moins grande plausibilité.
Un point essentiel pour rendre compte des pratiques corruptives réside dans la reconnaissance de leur « enchâssement ». En particulier, les pratiques corruptives sont enchâssées dans le fonctionnement des administrations, lui-même enchâssé dans un ensemble de logiques sociales, qui sont elles-mêmes situées historiquement.
Les pratiques corruptives sont donc d’abord enchâssées dans des pratiques administratives et par exemple dans le recours à des «bénévoles » de tous ordres qui se chargent des tâches que devraient exercer les fonctionnaires (ex : morgue CNHU, bénévoles des contrôles routiers, etc.), lesquels doivent être gratifiés. L’enchâssement existe enfin également dans un ensemble de «logiques sociales et culturelles », à savoir notamment :
- le pluralisme des normes et la valorisation de « la personne avant l’institution » : il y a souvent plus d’un système de normes qui peut s’appliquer, dans la vie sociale d’une manière plus générale, et la personnalisation des relations est importante.
- une « surmonétarisation » des relations sociales, et l’importance du recours à l’argent dans toute une série de situations de la vie quotidienne.
- le « coût social de l’intégrité ». Se tenir à l’écart des pratiques corruptives, conçues dans une série de configurations comme une manifestation normale de solidarité et de compréhension, a un coût social qui peut s’avérer élevé (ostracismes, mises à l’écart)
