La société archaïque de Lewis Henri Morgan
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Dès sa jeunesse Lewis Henri Morgan (1818-1881) s’intéresse aux Iroquois, et publie ainsi dès 1851 son premier ouvrage à leur sujet, qui porte sur leur organisation sociale et politique.
Déjà à cette époque, le travail de Morgan est le produit d’enquêtes, de terrain et de première main, auprès de groupes iroquois. C’est là un souci empirique qui fait incontestablement de Morgan un pionnier, comme d’ailleurs la minutie de ses recherches sur la parenté, qu’il élargit ensuite à d’autres groupes, aboutissant à de premières réflexions systématiques sur la diversité des modes d’organisation de la famille et de la parenté à l’échelle de l’humanité.
Morgan fut le premier à réfléchir au faite que tous les systèmes de parenté ne désignent pas de la même façon les relations de parenté, (ex : dans certaines sociétés les frères du père sont également désignés du nom de père, et des soeurs de la mère du nom de mère. Une terminologie de parenté dont Morgan fit le signe d’une confusion primitive). Morgan n’en resta pas moins le premier à discuter systématiquement de la parenté comme d’une forme d’organisation ou de mise en forme sociale de relations biologiques.
Lewis H. Morgan cherche clairement à articuler son travail aux découvertes archéologiques de l’époque, qui sont nombreuses, ainsi qu’aux discussions sur les progrès de l’humanité en cours à l’époque, et sur les stades de l’évolution.
Morgan suggère que les sociétés humaines existent d’abord à l’état sauvage, avant d’atteindre un état barbare, lequel précède l’état de civilisation.
La progression d’un stade à l’autre est pour Morgan inscrite dans « une séquence de progrès naturelle et nécessaire ». Le critère majeur sur lequel repose l’évolution de sociétés réside dans le progrès technique et l’évolution de la culture matérielle, qui amènent des transformations dans le « mode de subsistance » qui commandent le passage d’un stade à un autre.
Ainsi, l’étape inférieure de l’état sauvage est caractérisée par un mode de subsistance reposant sur la cueillette, la période intermédiaire de cet état surgit avec l’apparition du feu et de la pêche, tandis que la période supérieure est caractérisée par le développement des armes et en particulier l’apparition de l’arc et des flèches.
L’invention de la poterie consacre le passage au stade inférieur de la barbarie, le stade moyen de la barbarie étant notamment caractérisé pour sa part par l’apparition de l’élevage et le développement de l’agriculture irriguée, la maîtrise du fer caractérisant le stade supérieur de la barbarie. C’est ensuite l’écriture qui marque le passage à la civilisation.
Morgan est considéré comme « le père de l’anthropologie américaine ». Son souci de l’enquête de terrain fut incontestablement pionnière, ses recherches sur la parenté posèrent de premiers jalons significatifs dans ce domaine d’étude.
En effet, le souci de Morgan de rendre compte de l’évolution des sociétés à partir de changements technologiques, de la maîtrise de nouvelles techniques et de « progrès » de la culture matérielle, présente une forme d’affinité avec le matérialisme historique et son souci de rendre compte des transformations des « superstructures » à partir de l’infrastructure économique et des transformations des rapports de production.
La lecture de Morgan inspirera ainsi directement la conceptualisation marxiste du « communisme primitif ».
